helsinki 1952

1952: HELSINKI: ZATOPEK REVOLUTIONNE LE MARATHON

DATE VAINQUEUR AGE PARTANTS ABANDONS
Dimanche 27 juillet à 15h28 Emil Zatopek (Tchécoslovaquie) 29 ans 66 de 32 pays 13 (19,70%)
La course Avant de plus nous étendre sur le phénomène Zatopek, parlons de ces JO et de l'exploit que cet homme est le seul a avoir réalisé, et il y a de fortes chances de ne plus revoir tel exploit. En effet lors de ces jeux d'Helsinki Zatopek venait avec l'intention de remporter trois médailles d'or, sur 5000m, 10000m et marathon, et il réussit ce qu'il avait annoncé avec en plus une assez grande facilité surtout sur l'épreuve reine. Son principal adversaire sur ce marathon était le britannique Jim Peters qui détenait alors le record sur la distance en 2h20'42". Ce dernier était un peu agacé des déclarations de Zatopek affirmant qu'il était capable de courir en 2h15', aussi une belle lutte d'influence avait lieu au départ entre les deux hommes.

Dès le départ Peters prend le large, sans doute pour impressionner son adversaire, mais comment impressionner Emil ZatopeK? Ce dernier ne s'enflamme pas et part sur un rythme tranquille pour lui, passant au 5ième km en 16'02", à 19" de Peters. Très vite il se retrouve en compagnie du suédois Jansson, se relayant de fort belle manière, et inévitablement à l'avant Peters s'use à mener l'allure tout seul. Au 19ième km, ils rattrapent le britannique, à ce moment là, sûr de lui, Zatopek se tourne vers Peters et lui demande: " tu ne peux pas aller plus vite?". Peters serre les mâchoires, et malgré ses douleurs, répond avec un flegme tout britannique: "oui, bien sûr!". Alors Zatopek s'ébroua comme un poulain lâché dans un pré avant de se mettre à sprinter sur 200m. Quand il se retourna, Peters n'était plus là, seul jansson arrive encore à s'accrocher. Peters quand à lui finira par abandonner quelques kilomètres plus loin. Sur le chemin du retour, le vent soufflait de face, Zatopek encourage Jansson à le suivre mais ce dernier ne peut plus suivre le rythme imposé et le tchèque se retrouve seul. Désormais plus rien ne peut venir le perturber pour son formidable triplé lors de ces JO en terre finlandaise, terre de marathoniens s'il en est, sauf peut-être quelques douleurs au pied. Il remporte ce marathon en l'éclaboussant de toute sa classe en réalisant le temps de 2h23'03", nouveau record olympique, et est accueilli dans le stade sous les acclamations de la foule (et aussi de Paava Nurmi et Hannes Kolehmainen). Jamais vainqueur n'avait été acclamé avec autant de force, autant de ferveur, autant de joie profonde. pourtant avec l'arrivée de cet homme finissait un mythe, celui du marathon d'un autre âge, Zatopek a démystifié cette épreuve en réalisant cet exploit avec une telle facilité. Jacques Goddet disait dans l'équipe: " Zatopek n'a pas gagné le marathon. Il s'est livré à une de ses séances d'entraînement. le comble est que lui, le torsionné, a fait de l'épreuve du drame et de la mort une agréable promenade de santé. L'épuisement du soldat s'effondrant totalement sur la ligne du devoir accompli, la civière et les infirmiers, l'angoisse et ses accessoires? Bernique!"

Devant l'insistance manifestée par les observateurs, Zatopek tint à Helsinki une conférence de presse, ce qui était alors inhabituel, et fit de nouveau sensation. Répondant en anglais, en français, en allemand, en russe, et bien sûr en tchèque, aux questions qui fusaient, il produisit une forte impression par ses facultés de polyglotte. Quand on en vint au marathon, il confia qu'il s'était un peu ennuyé en cours de route tellement l'épreuve lui avait paru facile. Finalement, on lui demanda de quoi dépendait, à son avis, la victoire. Sans hésiter, il répondit: "d'abord, de l'intellect".

Qui était Zatopek?

Emil Zatopek est né le 19 septembre 1922 à Koprivnice, en Tchécoslovaquie. Fils d'un charpentier il est le 7ème enfant d'une famille de 8. A l'âge de 16 ans, il quitte la maison pour travailler dans une fabrique de chaussures. Il découvre la course à pied lors d'un cross, qu'il ne fait pas vraiment de son plein gré, où il donne tout ce qu'il a, et termine à la seconde place. Cette performance le fit remarquer par un entraîneur du club local. Un des entraînements parmi les plus durs de l'histoire de l'athlétisme allait débuter

Il s'aventura dans de nouveaux procédés. Ne voulant pas rentrer dans des entraînements classiques, il se mit à s'entraîner très durement ce qui forgea sa légende.
Là où les autres militaient pour les deux entraînements hebdomadaires, Zatopek plébiscitait la multiplication des exercices : travaux physiques, sprints et longues distances.
Il associa le quantitatif au qualitatif, l'interval training cher aux allemands à l'entraînement naturel des Suédois.
Pour Paul Martin, auteur de "100ans de Jeux olympiques", "l'entraînement de Zatopek est poussé à un tel degré qu'il pourrait couvrir une distance double de celle qu'il vient de parcourir victorieusement".
Il enchaînait les distances à n'en plus finir. Des séances telles que 40 X 400m avec 2 minutes de récupération ou 50 X 200m étaient monnaie courante. Cette préparation lui avait été inspirée par Nurmi. "J'ai entendu que Paavo Nurmi, en une heure, était capable de courir 4 X 400m dans de très bons temps," expliquera-t-il plus tard "je pensais que si je faisais 6 X 400m, plus que Nurmi, et si je courais une plus courte distance, 100m, à pleine vitesse en récupérant non pas assis mais en trottant et ceci plusieurs fois de suite, je serais fort en course".
"Quand j'étais jeune, j'étais très lent. Je pensais que je devais apprendre à courir vite en faisant des 100m, alors j'ai commencé par faire 20 x 100m, je revenais lentement, très lentement. Les gens m'ont dit Emil, tu es fou, tu t'entraînes comme un sprinter !"

En plus de séances très longues et assez dures, Zatopek n'hésitait pas à "utiliser" son environnement. Les hivers tchécoslovaques n'étaient pas des plus séduisants. Il lui arrivait de courir dans les bois recouverts de neige profonde, avec des bottes de l'armée. Il courait volontiers ainsi : "quand vous vous entraînez avec des bottes, et qu'en compétition vous avez des chaussures légères, waouh…."
A propos de sa méthode d'entraînement, Zatopek disait "pourquoi devrais-je courir lentement ? Je sais déjà courir lentement. Je veux apprendre à courir vite. Tout le monde m'a dit Emil tu es un imbécile. Mais quand j'ai gagné mes premiers championnats d'Europe, les gens dirent "Emil, tu es un génie !""

Il est un fait que le succès de Zatopek venait de cet entraînement de forcené et à sa force de caractère hors du commun, il disait par ailleurs "je n'ai pas assez de talent pour sourire et courir en même temps. Quand le style comptera en course à pied, comme en patinage artistique, je m'appliquerai." En effet certains critiquaient son style grimaçant et dodelinant, son expression torturée.

A la libération de son pays, il s'engagea dans l'armée où il bénéficia de facilités pour se préparer. Suite à ses nombreux exploits, il fut promu colonel dans l'armée tchécoslovaque.
Mais lorsque arriva le printemps de Prague, il protesta contre l'invasion des chars russes. Le gentil frère russe n'apprécia pas son attitude. La sanction ne se fit pas attendre. Quelques jours plus tard, le Tchèque fut exclu de l'armée, du parti communiste et envoyé dans les mines d'uranium de Jachymov pendant six ans et pour 1200 francs par mois. Il n'était, bien entendu, pas autorisé à voyager. Il fit différents "métiers" - on le vit éboueur dans les rues de Prague -. Mais très vite, il fut envoyé à la campagne, planter des poteaux télégraphiques. En effet, jamais éboueur n'avait été autant ovationné…
Avec la fin de la guerre froide, Zatopek pu parcourir le monde et recevoir un grand nombre de récompenses.


Zatopek se contentait de ce qu'il avait, il ne cherchait pas forcément la gloire et encore moins l'argent. A l'heure où l'argent envahit le sport avec les effets pervers qui l'accompagnent, il serait bon de se rappeler cette phrase d'Emil Zatopek "un coureur doit courir avec des rêves dans son cœur, et non pas de l'argent dans sa poche'.

CLASSEMENT GENERAL
PLACE NOM PRENOM NATIONALITE TEMPS
1 Zatopek Emil Tchécoslovaquie 2:23:03
2 Gorno Reinaldo Argentine 2:25:35
3 Jansson Gustav Suède 2:26:07
4 Yun-Chill Choi Corée 2:26:36
5 Karvonen Veikko Finlande 2:26:41
6 Cabrera Delfo Argentine 2:26:42
7 Dobronyi Joszef Hongrie 2:28:04
8 Puolakka Erkki Finlande 2:29:35
9 Iden Geoff Grande-Bretagne 2:30:42
10 Hayward Wally Afrique du sud 2:31:50
11 Luyt Sydney Afrique du sud 2:32:41
12 Ostling Gustav Suède 2:32:48
13 Dyrgall Victor Etats-Unis 2:32:52
14 Celedon Luis Chili 2:33:45
15 Van Der Zande Adrien Pays-Bas 2:33:50
16 Olsen Victor Norvège 2:33:58
17 Hietanen Mikko Finlande 2:34:01
18 Dewachtere Charles Belgique 2:34:32
19 Keith William Afrique du sud 2:34:38
20 Moskatchenko Jakov URSS 2:34:43
21 Esztergomi Mihaly Hongrie 2:35:10
22 Flores Doroteo Guatemala 2:35:40
23 Simonet Jean Belgique 2:35:43
24 Kjersem Jakob Norvège 2:36:14
25 Nishida Katsuo Japon 2:36:19
26 Yamada Keizo Japon 2:38:11
27 Vanine Feodosi URSS 2:38:22
28 Suchkov Grigori URSS 2:38:28
29 Norrstrom Henry Suède 2:38:57
30 Engelhardt dieter Allemagne 2:39:37
31 Dinu Cristea Roumanie 2:39:42
32 Leblond Jean Belgique 2:40:37
33 Chung-Sik Choi Corée 2:41:23
34 Systad John Norvège 2:41:29
35 Sourek Jaroslav Tchécoslovaquie 2:41:40
36 Jones Tom Etats-Unis 2:42:50
37 Prentice Robert Australie 2:43:13
38 Aslam Havildar Pakistan 2:43:38
39 Gruber Adolf Autriche 2:45:02
40 Collins Paul Canada 2:45:58
41 Teodosiu Vasile Roumanie 2:46:00
42 Simonsen Erik Danemark 2:46:41
43 Warnemunde Ludwig Allemagne 2:50:00
44 Corbitt Ted Etats-unis 2:51:09
45 Smeal Claude Australie 2:52:23
46 Bussotti Asfo Italie 2:52:55
47 Osinski Winandiusz Pologne 2:54:38
48 Sorensen Svend Danemark 2:55:21
49 West Joseph Irlande 2:56:22
50 Morgenthaler Rudolph Suisse 2:56:33
51 Abdel El Fattah Hassan RAU 2:56:56
52 Mathur Surat Singh Inde 2:58:09
53 Berti Artidoro Italie 2:58:36

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